Vienna Action Cinema

Au début des années 1960, dans une Autriche encore honteusement fasciste, un collectif d’artistes appelé Groupe Action commença à faire parler de lui en raison du caractère provocateur de ses performances. Ces dernières étaient des actions se voulant une réponse violente et radicale à la répression morale, intellectuelle et artistique infligée par un gouvernement qui ne parvenait pas à rougir de son passé aux côtés de la Wehrmacht.

Chez les actionnistes, le medium principal est le corps humain. Un corps symboliquement maltraité, soumis à des traitements masochistes, enduit de fluides tels du lait ou de l’huile, quand il ne s’agissait pas de sang, d’excréments ou même d’animaux morts. Ces actions étaient souvent accompagnées de manifestes virulents  - voire totalement délirants comme en témoigne le manifeste Zock d’Otto Mühl (1925-) qui appelait à une reconception totale de tous systèmes en place, la destruction des villes et forêts, l’abolition des livres, des arts, des langues et des nationalités. Une vision proche de celle de l’An Zéro de Pol Pot, si ce n’était pour la finalité recherchée, à savoir une prédominance sexuelle, une orgie perpétuelle faisant fi des couleurs de peau, de l’âge ou du type de partenaire – humain ou animal ; seule comptait la distinction mâle / femelle, excluant ainsi tous rapports homosexuels. Mühl alla jusqu’à mettre en pratique sa théorie au sein de la Commune de 1969 à 1989, communauté théoriquement libertaire qui était devenue incontrôlable et s’était naturellement hiérarchisée.

Outre Mühl, les figures majeures du mouvements sont Günter Brus (1938-) – dont les actions le cataloguèrent comme fou dangereux, Hermann Nitsch (1938-) – spécialiste du sacrifice animalier et fondateur du Orgien Mysterien Theatre, Rudolf Schwarzkogler (1940-1969) - le plus jeune membre du Groupe Action, il est le premier à avoir intégré les textes d’Antonin Artaud dans son travail et le seul à avoir refusé d’être filmé. Le caractère choquant des actions valut au Groupe Action de nombreux déboires avec la justice, poussant parfois les artistes à s’exiler. Les accusations étaient basées sur l’aspect pornographique des actions ou pour s’être attaqué à l’image du pays comme on peut le voir dans Kunst & Revolution où Brus, nu, le corps peint en blanc, chante l’hymne nationale en se déféquant dans la main puis se taillade sur le torse deux lignes horizontales, rappelant ainsi le drapeau autrichien.

Certaines de ces actions ont été immortalisées sur pellicule, parfois par les artistes eux-mêmes, parfois par des réalisateurs expérimentés. Le plus réputé est Kurt Kren (1929-1998). Il immortalisa ces actions sur une période de six années ce qui lui valut de se traîner une réputation de réalisateur révulsif durant les trente années qui suivirent malgré le fait que son travail en matière de cinéma expérimental soit bien plus étendu. Otto Mühl voyait ses actions comme des tableaux organiques, il imaginait des films lisibles permettant de les observer à la manière d’un spectateur, mais Kren avait ses propres préoccupations et celles-ci imposèrent une forme inattendue : plans très brefs au montage épileptique et violent, comme pour mieux représenter l’impact des actions elles-mêmes plutôt que leur contenu, mais non sans insister sur la puissance des images – raison pour laquelle les bandes sonores sont inexistantes. Mühl s’orienta alors vers Ernst Schmidt Jr. (1938-1988). Plus jeune et malléable, il semblait idéal pour l’artiste qui n’approuvait pas toujours les films de Kren. L’arrivée de Schmidt Jr. marque également l’arrivée de bandes sonores dans les « action films ».

Programme 1 - Kurt Kern & Ernst Schmidt

Programme 2 - Sodoma & Zerreichprobe

Programme 3 - Der Geile Wotan