sXprmntl

Jeudi 12.10 18h15 Cinématographe
Samedi 14.10 18h15 Cinématographe

En présence de Jean-Jacques Rousseau

- L’Amour fou rend fou, assène le cartésien.
- A moins que justement, ce soit l’Amour fou qui vous rende lucide, susurre avec malice, un surréaliste sous les applaudissements de Belges, parmi lesquels –on peut en être sûr- les cinéastes repris dans ce programme.

Sommes-nous donc si tordus en Belgique, que nous produisons de tels films ? En tous cas, leur commun dénominateur, c’est d’avoir été générés et tournés sans aucune aide officielle.  Des films conçus sans la moindre contrainte, à travers lesquels leurs auteurs ont pu laisser exploser avec générosité leur esprit créatif.

Rien d’étonnant dès lors, à ce que chaque film exprime aussi l’esprit de son temps.

La Tête froide
Patrick Hella, 1969, 13’, 16mm
Ce film montre combien la mort ne met pas forcément un point final à une passion, qu’il peut exister d’autres issues tout aussi logiques. Plaisir de mélanger jouissance et morbidité, et de le partager avec le public.  Eros et Thanatos ont toujours fait bon ménage.
Avec une magnifique Marie Laurence, fougueuse, glaciale, délirante…  Une superbe cinglée comme on les aime !

La Nuit du 6 au 7
Patrice Bauduinet, 2003, 7’, 35mm
Où on nous fait entrer de plein pied dans les territoires brumeux de la ‘pataphysique . Le seul film écrit par André Blavier , qui nous rappelle judicieusement que dans un ultime orgasme, « Dieu créa la bintje  »  (…avec les conséquences que nous savons quant à  l’influence pernicieuse de la frite grasse sur les politiques culturelles belges.)
Ce film anguille vous glisse entre les doigts dès l’instant où vous croyez y retrouver votre latin, il se retrouve entre vos jambes alors que vous le sentez se faufiler sous vos omoplates. Bref, du surréalisme doux, mâtiné de larges sourires. Et puis, qui aurait osé parier croiser la superbe Cécile de France dans ce film fauché ? 

Caca Baudouin
Philippe Caufriez, 2003, 6’30’’, MiniDV
Le réalisateur est d’un autre calibre encore : c’est l’audacieuse confrontation de discours lors de la célébration de l’indépendance du Congo en 1960 (Baudouin / Lumumba) avec des jeux érotiques particuliers que l’on qualifiera d’innocents, puisque c’est ainsi qu’ils semblent vécus, présentés et filmés. Cet ensemble d’une simplicité enfantine, désarmante, débouche sur une œuvre plus qu’explosive. « Dis-moi ce que tu trouves obscène et je te dirai qui tu es…» semble nous chuchoter le film.

Vase de Noces
Thierry Zéno, 1974, 80’, 16mm
Ce film nous raconte la belle et tragique histoire d’un jeune paysan solitaire qui s’amourache de sa truie.  Les amoureux sont seuls au monde. Le point de départ est à peine décalé.  La suite sera d’une logique implacable. Il s’agit d’un de ces poèmes visuels qui vous caresse dans le sens du poil, vous enchante à la manière des sirènes et vous attire inexorablement dans des enfers baudelairiens dont on refuse de vouloir se dépêtrer.
La puissance de cette œuvre est telle, qu’elle provoquera des interpellations parlementaires tant à Paris qu’à Londres, réclamant l’interdiction des projections, considérant sans doute que Français et Britanniques –dans le ridicule réunis-  n’étaient pas suffisamment adultes pour se mettre sous les yeux de telles images et entendre un tel discours ! Pour d’autres, par contre, ce fut un vrai bonheur, un pur régal avec à la clé, des prix dont un, majeur, au 5e festival Xprmntl de Knokke.
On ne s’étonnera donc pas que Zéno soit un des plus fervents adorateurs de Félicien Rops (1833-1898), artiste wallon dont les œuvres à caractère érotique offraient parfois une place de choix aux cochons, à qui il a consacré pas moins de deux films.  Leurs univers semblent s’épanouir avec le même bonheur sur le même type de fumier.
Courteline ne disait-il pas que c’est sur le crottin que poussent les plus belles roses ?

La nuit du 6 au 7
Caca Baudoin